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Turquie : le génocide arménien non grata à Gezi Park

COLLECTIF VAN

Depuis plusieurs jours, la place Taksim et le parc Gezi sont au centre de la contestation stambouliote. Autour des écologistes, des libertaires et des étudiants de la première heure, s’est agrégé un ensemble hétéroclite réunissant un grand nombre d’associations kémalistes, voire même ultra-nationalistes. Il n’est dès lors pas étonnant d’observer de temps à autre un durcissement des positions, entre l’extrême-gauche et les mouvements pro-kurdes, face aux nationalistes kémalistes et aux ultras qui bénéficient désormais du soutien des supporters de clubs de football. Tous ces mouvements – que tout oppose en réalité – se retrouvent uniquement autour de leur commune dénonciation du régime d’Erdogan. L’ambiance de kermesse libertaire et sympathique n’était pas de mise dimanche : c’est même dans un contexte tendu que l’inauguration symbolique au sein du parc Gezi, d’un monument en hommage au génocide arménien, initiée par le mouvement anti-raciste turc DurDe, a dû être annulée in extremis suite aux menaces et invectives fascistes. Les nationalistes étaient, comme par un fait exprès, très nombreux ce 9 juin dans le parc.

Le groupe arménien Nor Zartonk d’Istanbul se revendique de l’esprit de résistance   de Missak Manouchian.

Le « mémorial » qui devait être inauguré le dimanche 9 juin à 19h est en fait un grand panneau créé pour l’occasion par DurDe avec pour texte : « De là où vous foulez la terre jusqu’à l’École Militaire de Harbiye, il y avait un cimetière arménien installé par Kanuni Sultan Suleyman en 1560. 355 années plus tard, ici-même en 1919, un monument a été dressé pour les victimes du Génocide des Arméniens. Aujourd’hui, à la place de ce monument existe un hôtel touristique, l’Hôtel Divan. Respect au monument des victimes du Génocide des Arméniens. » (voir photo).

L’un des organisateurs de DurDe a transmis sur Facebook un texte en turc expliquant la décision d’annulation. En voici la traduction :

“L’ambiance était très tendue. Les drapeaux turcs ont été multipliés par 3 ou 5 dans le parc. Une heure avant l’inauguration, un groupe de personnes s’est réuni devant notre stand et a commencé à crier “on ne vous laissera pas dresser un monument du génocide ici”. Nous avons eu des avertissements de la Plateforme des Organisateurs de Taksim disant qu’il pourrait y avoir des provocations. Nous étions nombreux (les gens de DurDe) et nous aurions pu quand même exécuter notre plan. Mais c’était quasiment sûr qu’ils allaient déchirer la maquette symbolique.

Le profil des manifestants avait changé hier dans les alentours. La manifestation avait été annoncée par la Plateforme et un grand nombre d’ultra-nationalistes était venu. Il y a même eu une attaque contre les Kurdes. Les nationalistes ont voulu les chasser du parc. Ils n’ont même pas autorisé un ami artiste à crier “Vive la paix!” en kurde.

Le fait est que les nationalistes étaient là en masse hier.

Une information supplémentaire: la nuit précédente, la vidéo du discours de l’inauguration de l’avenue Hrant Dink que nous avions préparé a été postée de nombreuses fois avec pour commentaire: “Voici les traîtres arméniens”. La page qui a diffusé ceci est la page Türk Polisi (« Police turque »), suivie par 40 000 personnes. C’est clairement une campagne organisée. Il valait donc mieux annuler l’inauguration du monument pour ne pas augmenter la tension.

Malheureusement, nous avons expérimenté de quelle manière le problème arménien pouvait être discuté librement dans l’un des milieux les plus libertaires des environs.
Cher Ami, voici l’information. Cela montre que nous avons un long chemin devant nous.” (Traduction du turc : N.A.T pour le Collectif VAN).

Outre cette initiative de DurDe, et contrairement à la majorité silencieuse des Arméniens d’Istanbul, les jeunes Arméniens de Nor Zartonk et certains intellectuels arméniens vont au contact en première ligne en ces jours que l’on aimerait révolutionnaires : ils œuvrent courageusement à visage découvert au sein du parc Gezi et en ont baptisé une des allées du nom de « Avenue Hrant Dink ». Ils y tiennent des meetings pédagogiques à ciel ouvert pour expliquer l’histoire arménienne du parc et de ses alentours.

Souhaitons qu’une fois de plus les Arméniens ne soient pas les fusibles que l’Etat profond turc fera sauter pour reprendre les choses en main. Si Erdogan et sa clique souhaitaient désamorcer le mouvement « soixante-huitard » en cours en Turquie, ils ne s’y prendraient pas autrement.

Nor Zartonk @Gezi

Nor Zartonk @Gezi

Nor Zartonk @Gezi

Nor Zartonk @Gezi

Nor Zartonk @Gezi